Viticulture Biologique

Viticulture Biologique

 


Le mode de culture mis en place sur l’ensemble du domaine vise à respecter l’environnement et à favoriser le bon fonctionnement des écosystèmes viticoles. Il suit le cahier des charges de l’agriculture biologique pour lequel l’exploitation est certifiée depuis 2011 sur la partie historique et depuis 2014 sur la partie Berne/Serre. Ce mode de production dont les formes reprennent dans une large mesure celles de la viticulture traditionnelle du début du 20ème siècle est reconnu officiellement depuis 1991 au niveau européen. Il a pour principe fondateur la préservation des relations naturelles qui existent entre les plantes, le sol et les animaux. Dans cette optique, le cahier des charges du label banni les fertilisants minéraux,  les herbicides ainsi que l'ensemble des matières actives issues de la synthèse chimique dont on connaît désormais la plupart des effets néfastes sur l’environnement et l’Homme. S'il est volontaire et assumé, ce choix n'en entraine pas moins un certain nombre de contreparties lourdes dont les effets s'expriment au quotidien, que ce soit en raison de la nécessité de développer une vigilance parasitaire accrue, d'un surplus d'interventions ou d'interventions plus couteuses. L'agriculture biologique constitue de fait un engagement individuel important.
Parmi les directives rassemblées au sein du RCE n° 834/2007 et n° 967/2008, l'absence de certaines pratiques propres à l'agriculture intensive et/ou conventionnelle défini par défaut l’essentiel du domaine de travail de la viticulture biologique (liste positive).
 


Entretien des sols : encore beaucoup de pioche...
Compte tenu de leur rémanence et de la pollution qu'ils génèrent, les herbicides sont interdits en agriculture biologique. L’élimination des adventices nécessaire à la limitation de la compétition pour l’eau et les éléments minéraux est donc habituellement réalisée de manière mécanique (labours de l’allée et/ou du rang). Si, techniquement, cette opération peut s'envisager très facilement sur de jeunes vignes, en zone de plaine ou sur coteaux faiblement inclinés, il n'en va pas de meme lorsque l'on affronte des parcelles anciennes, plantées dans des contextes plus chaotiques comme celui du col de la Done. En effet, l’étroitesse des rangs des vieilles vignes (1m 40 à 1m 70), la topographie des coteaux (pentes fortes, dévers…) et la place tenue par la végétation conduite en gobelet rendent chaque labour plus complexe, plus long et plus dangereux. Pourtant, en zone méditerannéenne, ce sont ces vignes qui nécessitent plus que toutes autres une défense stricte contre toute forme de concurrence, spécialement lorsque l'on recherche des raisins aux concentrations maitrisées.                                                                                                                                                          Ainsi, dès la fin de l'hiver et durant toute la campagne, un combat s'engage pour limiter la compétition des adventices (ray-grass, fenouil, chardons, seneçon...). Le vignoble ayant été entièrement restructuré depuis 2007 (attachage des vieux bras, recépage), plusieurs parcelles sont aujourd'hui mécanisables une partie de l'année. Tracteur, chenillard et cheval viennent désormais épauler le travail manuel, éreintant et fastidieux, qui a longtemps constitué le seul moyen d'entretenir le rang. Mais, malgré cette avancée notable, ils ne font que l'épauler : le travail du rang à la pioche demeure un poste important que ce soit en terme de temps et donc de cout (plusieurs centaines d'heures par an), mais aussi en terme de niveau et de qualité de production. Dans de tels contextes topographiques, aucune mécanique ne permet d'avoir un résultat aussi soigné que celui obtenu par un travail manuel. Au final, tous les ans, ce sont plus de 10000 pieds qui sont néttoyés à la main.

 

Nutrition végétale : amendements et fertilisants d'origine organique
Pour s'affranchir de la pollution des eaux souterraines par les fertilisants d'origine minérale et notamment par les nitrates et les phosphates, seuls les composés d'origine organique sont autorisés en agriculture biologique. Ces apports sous forme complexe cherchent d’avantage à restructurer ou à stimuler le fonctionnement du sol en augmentant  notamment le nombre et la diversité des microorganismes qu'il héberge qu’à contribuer directement à la nutrition de la plante.                                                                              Au domaine, les bois de taille, matières organiques très stables destinées à renouveler le stock de matières humiques, retournent au sol après broyage. En complément une fertilisation organique plus rapidement utilisable par le sol et la plante est mise en place au mois d'avril. Enfin, tous les 2 ou 3 ans un amendement basique en carbonate de calcium permet de corriger l’acidité localement très forte des sols schisteux du clos de l'Olby (3.5 <pHeau< 4.5).


 

Protection phytosanitaire : soufre sec, point.
Le cahier des charges de l'agriculture biologique impose que les substances utilisées soient d’origine naturelle afin de s’affranchir de l’impact des résidus des produits de synthèse sur l’environnement (matières actives et résidus cancérigènes, tératogènes (…) retrouvés dans les eaux, les fruits, les sols, les vins…). Se focaliser sur l'origine naturelle des matières actives a ses limites mais constitue, à l'heure actuelle, un moindre mal. Les substances autorisées en agriculture biologique pour lutter contre le développement des maladies cryptogamiques sont relativement peu nombreuses et globalement moins performantes que celles disponibles en viticulture conventionnelle, notamment en termes de rémanence et de pouvoir curatif.  Produits de contact les plus anciens de la viticulture, le soufre et le cuivre constituent la base de cette défense, respectivement pour lutter contre l’oïdium et le mildiou.  Un certain nombre de moyens biologiques et naturels sont également capables de stimuler les défenses naturelles de la plante, alors que d'autres permettent de combattre les larves de papillon ou la pourriture grise.
L’encépagement et la climatologie sont les principaux facteurs de variabilité de la nature et du nombre des traitements à appliquer. Cépage particulièrement sensible à l’oïdium sur un secteur ou l’hygrométrie dépasse fréquemment 90 %, le Carignan constitue 60 % des surfaces du domaine. Durant la campagne, 4 à 6 poudrages au soufre sec sont ainsi nécessaires pour contenir le développement de la maladie et obtenir des raisins parfaitement sains à la vendange. C’est un combat permanent contre le champignon, mené à la main, dans les coteaux abrupts, contre le vent, avec une obligation de renouvellement tous les 10 à 15 jours. A l’inverse, les pressions liées au mildiou sont relativement faibles sur ce secteur ce qui a permis de limiter naturellement les doses de cuivre déposées dans un premier temps (1 à 2 kg/ha/an jusqu'en 2010) puis finalement à ne plus traiter contre le champignon sans conséquence visible sur les raisins. L'observation et la prise de risque autorise aujourdhui le domaine à s'affranchir des problèmes liés à l'accumulation de ce métal lourd dans les sols et les vins (lire à ce sujet l’article « le cuivre en viticulture et en œnologie : état des lieux et perspectives », revue des œnologues, 2005/2006).


Prophylaxie : l'esprit et le coeur de la viticulture biologique
Si celle-ci ne revêt aucun caractère obligatoire au sein de la réglementation, la mise en place de mesures prophylactiques n’en constitue pas moins une aide importante dans la viticulture biologique malgré un investissement en temps parfois très élevé.  Cette approche qui préfère les opérations préventives, nombreuses et douces,  aux interventions curatives, fortes et rares, symbolise à elle seule l'esprit d'une démarche d'une viticulture biologique engagée. Elle s'exprime de manière implicite à travers un triple objectif :
- Obtenir l'essentiel de la qualité des vins par la recherche d'une qualité oenologique optimale des raisins.
- Préserver le potentiel de production du vignoble sur le long terme
- Lutter contre la déterioration de son environnement
Un certain nombre d'opérations viticoles ont un impact conjoint sur plusieurs de ces objectifs. L’ébourgeonnage des coursons et l’effeuillage permettent par exemple de limiter l’entassement de la végétation à l’origine de la formation d’un microclimat ombragé et humide favorable à l’oïdium. L'ébourgeonnage permet en outre de stimuler la vigueur des rameaux laissés et donc de favoriser la résistance de la charpente sur le long terme. En contrepartie, ce travail est long, fastidieux et va parfois à l'encontre des objectifs énoncés en laissant un temps les rameaux à la merci de forts coups de vent. Ce phénomène de casse n’est pas anecdotique et peut engendrer des pertes de récolte importantes sur des cépages naturellement fragiles (15 à 20 % sur l’Olby en 2007 sur Carignan et Maccabeu). Pour contrer ce problème, plusieurs milliers d'échalas ont été planté depuis 2009 sur les Carignans de l'Olby afin de permettre l'attachage des pousses tout au long de la campagne végétative. L’effeuillage permet par ailleurs de profiter d’un meilleur éclairement des grappes dont on sait qu’il favorise la synthèse de la couleur dans les cellules des pellicules et une plus grande homogénéité de l’état de maturité de la vendange.


 

P1020136 P1020145 P1020167
Avant et après le combat pour chacune des 6000 souches de l'Olby : échalas, ébourgeonnage, effeuillage léger, attachage en 2 fois... (Olby, printemps)